Magasin de jouets fait des tartines… de Pâques

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Il y a des moments de lecture qui me chamboulent les neurones. C’est ce qui s’est passé quand j’ai lu ce texte-là.

Aujourd’hui Dominique est fier. Du haut de ses 7 ans il file à la boutique plus vite que l’éclair. Sa maman lui a donné 50 francs de plus. Il part acheter du pain. Il a vu passer le boulanger sur son vélo. Ce matin il y a donc du pain et ça change des bouillies de mil ou du lait chaud/ventre vide pour partir à l’école.

Sur l’étagère de Michel le boutiquier, un pot de beurre et un pot de chocolat à tartiner trônent en bonne position. Quand je dis chocolat à tartiner, accrochez-vous bien, c’est en fait un mélange de pâte d’arachide et de pâte de chocolat, de quoi vous tenir au ventre toute la matinée…

Chocolat Afrique

Ici le pain ne se tartine pas à la maison, mais directement à la boutique. 50 francs CFA la dose (7 centimes d’euros). Le prix peut paraître modeste, mais c’est déjà une petite somme par rapport au pouvoir d’achat local, surtout si on devait multiplier par le nombre de membres dans la famille…

Il achète un pain et tend sa pièce de 50 francs. Pas besoin de conversation ou d’explication. Entre sa main experte le boutiquier tranche d’un coup sec le pain et insère dans l’un des morceaux la dose de chocolat, ni plus ni moins. Tous les 50 francs de doses additionnés font pile la somme du pot entier, il n’a guère le droit à l’erreur.

Pour Dominique qui a assisté à la scène plus d’une centaine de fois, c’est la première fois que le boutiquier tartine SON morceau de pain. Les autres enfants en chemin pour l’école s’attroupent. Tout fier, il attrape sur la pointe des pieds le trésor et découpe ses 10 centimètres de pain en une vingtaine de morceaux. Personne ne crie ou ne se bouscule, mais personne n’est oublié.

Aujourd’hui c’était sa tartine, demain un autre enfant partagera peut-être son chocolat avec lui et tous les autres !

Lu, relu, sentu le mélange des odeurs de l’endroit, entendu les gosiers saliver avant la dégustation, voulu changer de métier et partir loin m’installer dans une baraque pour vendre des tartines au centimètre, des cigarettes à la pièce, des demi verres de bière, des quarts de tranches de corned beef …

La raison reprend le dessus : fais ton commerce correctement dans le Paris, ce sera déjà bien suffisant, me dit sévèrement une petite voix. Ok, lui réponds-je, mais à une seule condition : celle d’offrir du goûter tartiné à mes jeunes clienteaux le week-end de Pâques. Oui, dit à nouveau la voix, mais tu auras, j’espère, l’intelliiiigence de passer en même temps à leurs parents ce texte de la petite yaye (« petite maman » en Wolof, qui nous raconte sa vie d’expat au Sénégal, avec son mari en chocolat et son fiston en caramel…). Là, je dis oui, sans hésiter !

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