Ne prenons pas les enfants pour des moutons à parquer dans du plastique !

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Il y a des articles qui me font rugir de colère, comme celui-ci où une excellente journaliste nous alerte sur le remplacement des bacs à sable à Paris par des espaces “ludiquo-cons“ tout emplastifiés …

“Que s’est-il donc passé dans ce square parisien ? Depuis sa réouverture après travaux, de drôles de champignons multicolores ont poussé en lieu et place du mythique bac à sable. Disparue, cette aire de jeu paisible pour bambins en pleine découverte du monde ! Envolés, ces kilos de sable jaune qui rappelaient tant les vacances à la mer ! Finis, les cheveux parsemés de grains, les chaussures sablonneuses, les ongles indécrottables… Tant mieux, diront les hygiénistes, c’était un nid à microbes ! Tant pis, c’était un lieu de vie, celui de l’apprentissage de la sociabilité et du développement de l’imaginaire“. 

J’y joins ce texte où, à la façon du petit Nicolas de Sempé, un enfant de 7 ans parle de sa vie, et de l’automne.

« Le mieux pour les feuilles, c’est l’automne. Il y en a comme si c’était la mer. On peut plonger dedans. Dans les coins il y en a haut comme nous. On peut s’enterrer dedans. Quand le vent ne les fait pas s’envoler, on peut les faire s’envoler, nous, en en ramassant, et allez ! »*

Ce « allez ! », il m’a tourné dans la tête durant un bon moment, jusqu’à ce que le hasard m’amène à traverser un jardin parisien et qu’une fontaine attire mon regard. Avec le vent qui avait déposé les feuilles sur le dos courbé de cette jeune femme en tenue légère.

Avec une « môa » qui n’ait pas pu m’empêcher de glisser une feuille dans la bouche du gicleur d’eau.

Ah, quel bien bon moment automnal, dans un jardin public où il y a même un coin écolo-compost pour les parents.

Mais dans ce jardin public, les enfants de ces mêmes parents, au lieu de pouvoir se régaler à shooter dans des tas de feuilles, de les « combattre » à l’aide d’un bâton, de les écraser sous leurs talons ont des espaces réservés à leurs jeux… tout dallés plastique …

Cela me met l’âme en peine, jusqu’à ce que je passe dans les jardins du Palais Royal où mon œil de lynx repère de l’œuvre enfantine dans un vrai bac à sable, simple vasque de pierre emplie de sable fin.

De délicats croisillons de tiges de marronnier…

Un radeau échoué sur une île…

L’enfant est fait de Cent langages nous dit le Malaguzzi du mouvement Reggio… Oui, mais à une condition : qu’il ait encore la possibilité de s’exprimer ! Que préfèrons nous pour nos petiots ? Les voir creuser, mouler, laisser glisser le sable entre leurs doigts ou faire un parcours “ludique“ sur un sol plastique, les regarder chevaucher un simple bâton pour galoper ou sauter sur les incontournables chevaux à ressort ?

Laissons leur au moins les bacs à sable !

* Le crispougne, Daniel Thibon

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